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Entretien avec un Loup-Garou
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Entretien avec un Loup-Garou



Alors que Le Village est proche de sa sortie (23 octobre), il nous semblait intéressant de vous faire partager les coulisses de la création de ce jeu auquel le public a une forte implication affective. Qui mieux que son co-auteur et éditeur, Philippe Des Pallières, pouvait le mieux nous en conter l'histoire ?


Comment est venue l’idée du Village ?

Comme toute bonne idée, elle est venue rapidement. Au départ nous avions en projet de faire un Loups-Garous de Thiercelieux de luxe, mais la crise nous a dissuadé de sortir un tel un produit… pas très en accord avec l’actualité. On a réfléchi une matinée. Hervé (Marly) a pensé à une version avec un plateau, des maisons et des pions…  Je trouvais ça éloigné du jeu original. Mais ça m’a donné l’idée d’une carte ouverte et d’une carte fermée, un double personnage. C’était déjà en gestation dans Nouvelle Lune. De plus, cela correspondait  à une attente du public de plus en plus jeune, qui avait du mal à jouer ou rejouer certains personnages moins « typés » tel que les villageois.

Cette extension offre donc une variété de personnages énorme, autour de 120 cas de figure différents. Les personnages ouverts pallient aussi à la difficulté du démarrage de partie, où les débutants qui ont peu d’information éliminent parfois à tort certains autres personnages. Alors qu’avec les personnages ouverts, on a des possibilités de déduction et de « cibles » privilégiées dès le début.  Enfin, Les Loups-Garous de Thiercelieux a une dimension de jeu de rôles et avec cette extension on peut immédiatement se lancer dans une interprétation forte et immédiate sans nuire à sa « face cachée ». Et toute de suite, dès qu’un personnage commence à s’affirmer, les autres suivent le mouvement. Et c’est magique !

Le Village, c’est un véritable nouveau jeu, un  peu plus complexe pour le meneur de jeu mais immédiatement immersif pour les joueurs. Par ailleurs, Les Loups-Garous de Thiercelieux a été porté pendant 10 ans par un public qui commençait à se lasser. Et avec Le Village, le plaisir de jouer a été renouvelé pour les vieux routards du jeu.


Le Village offre une nouvelle dimension aux Loups-Garous de Thiercelieux, visible en en un clin d'œil !


Comment travaillez-vous avec Hervé Marly ?

On réfléchit chacun dans notre coin, du fait de notre éloignement physique,  mais je crois énormément à la présence physique au moment d’un travail fort. Du coup, on ne se communique pas nos idées avant de se retrouver pour les confronter et rebondir dessus. Du fait que je sois l’éditeur, j’ai pris pour moi le rôle du gardien du temple et j’essaie de garder le jeu dans son cadre lorsque les idées d’Hervé fusent de toute part. Chacun a une force complémentaire.

En tant qu’aficionado du jeu depuis longtemps, notamment depuis Ludodélire,  Hervé a une humilité qui manque parfois aux jeunes auteurs. Il sait l’importance qu’il faut accorder au rapport au public, le fait de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Il a bien compris que la création de jeu n’était pas un trait de génie mais un travail d’artisan.


En tant qu’éditeur, comment se déroule la gestation d’un projet tel que le Village ?

On s’est mis beaucoup de pression, car il a fallut sortir le jeu très vite. Le lendemain où nous avons eu l’idée avec Hervé, j’ai appelé Asmodee pour leur proposer dans la foulée. Nous étions en juin… Et, enthousiasmés, ils nous ont dit qu’il fallait qu’il soit prêt pour Essen. Normalement j’aime prendre mon temps pour mûrir un projet, mais ils nous ont tellement fouettés qu’on a réussi à être prêt à temps. Un projet mené rapidement donc.

La vraie question s’est posée sur sa forme : Le Village devait-il être une extension, alors que je tenais absolument à ce que les cartes et les bâtiments soient imbriqués l’un dans l’autre ?
Mais cela faisait des maisons trop grandes par rapport aux cartes. D’où le choix d’un format plus grand, avec des cartes pré-imprimées légèrement plus petites pour ne pas avoir des bâtiments gigantesques. Un critère essentiel car on doit pouvoir jouer dans des situations variées et ne pas nécessiter une table de pique-nique quand on est dans la nature. Et puis on voulait faire un bel objet, toujours dans cet esprit luxe de départ, qui s’exposerait bien en vitrine et qui ferait plaisir aux vieux joueurs des Loups-Garous de Thiercelieux qui veulent se faire des cadeaux.

L’autre difficulté, c’était de faire trois éditions du jeu : une française, une  allemande et une américaine. Et il fallait gérer le tout en même temps, ce qui n’était pas simple. L’été a été dur aussi pour Hervé qui se charge de la maquette. Nous sommes maintenant dans les starting-blocks pour Essen.


Avez-vous d’autres projets de développement autour du Loups-Garous de Thiercelieux ?

Nous avons des pistes… Que nous gardons secrètes.  Les Loups-Garous de Thiercelieux étant un jeu très grand public, il ne faut pas l’inonder d’extensions. Et ajouter des personnages n’améliore pas le jeu. Il faut que Les Loups-Garous de Thiercelieux garde son identité basée sur les contes traditionnels, nos souvenirs d’enfance où se mêlent moyen-âge et fantastique. Donc nous n’accélèrerons pas le processus de développement sur Les Loups-Garous de Thiercelieux. Laissons déjà s’installer Le Village et voyons comment il est accueilli. Et puis nous avons aussi d’autres jeux en chantier, tels que celui de Dominique Erhard et Michel Lalet, qui va s’appeler Boomerang… Un très beau jeu de cartes que nous comptons éditer dans un maximum de pays.

Dans tous les cas, avec le Village, j’ai retrouvé le plaisir de jouer et de parler des Loups-Garous de Thiercelieux, alors que je croyais en avoir fait le tour.


Pour allez plus loin dans la découverte du Village, rendez-vous sur le site internet d'Hervé Marly : http://www.loups-garous.com/

Merci à TricTrac pour la photo de Philippe.