Ouga ! Ouga !
Envie de tirer votre compagne par les cheveux jusqu'à la hutte, d’abattre un fémur de Brontosaure sur la tête de votre voisin, de travailler la peau de celui-ci à coups de silex ? Alors, à ne pas en douter, ce jeu semble pour vous...
Pourtant, rien n'est aussi simple... En effet, si l'ougaritique devient votre langue préférée, c'est surtout de finesse et de savants calculs dont il va vous falloir faire preuve. Quelques conseils qui ne piquent pas les yeux pour vous en sortir...
Croissez et MultipliezLe principe central du jeu est de faire croître sa « civilisation » (disons plus modestement sa tribu) afin d'obtenir des multiplicateurs de points de victoire.
Il y a bien sûr les paysans cultivant les champs, les artisans fabriquant des outils et les bâtisseurs élaborant de nouvelles constructions. On trouve aussi les chamans s'occupant de « l'âme » des nouvelles ouailles. Dès la naissance du monde, l'opium du peuple sévit, que voulez-vous. Mais, plus constructif, il y a aussi le cycle des découvertes : la Roue, l'Écriture, la Poterie, le Tissage...
Sur ce mécanisme, remarquons immédiatement que miser sur les découvertes peut s'avérer payant : si le résultat d'une multiplication vaut par l'importance des deux valeurs multipliées, on constate rapidement que les découvertes se multiplient elles-mêmes. C'est toujours ça de gagné, d'autant qu'il y en a 8, présentes en double.
Panum et circensesMiser sur les champs semble également de bon aloi : il parait que le peuple a faim et qu'on perd des points au cas où il ne mange pas. Il ne manquerait plus qu'il réclame des jeux en plus... Mais bon, le faire manger peut faire gagner des points et éviter d'en perdre. Toutefois, comme pour les Chamans, il n'existe que 7 multiplicateurs.
Les Chamans, eux, ont l'avantage de commencer sur un terrain favorable : vous avez déjà 5 populations. Un vrai poison de faciliter la religion, on vous dit.
A contrario, les artisans bénéficient de 8 multiplicateurs et les bâtisseurs de 9.
Il va donc falloir augmenter sa population (n'oubliez pas de barrir lorsque vous passez à la hutte pour l'accouplement), installer des champs et fabriquer des outils, envoyer des expéditions, chercher de précieuses ressources, bâtir de jolis bâtiments ou aller commercer avec les tribus alentour pour ramener les évolutions qui vont bien. Alors, comme on ne peut pas tout faire et que vos adversaires - voyez comme ils sont vils - vont tout faire pour bloquer votre mécanique de développement si parfaite, posons la question :
Que faire ?
Autant le dire, à deux joueurs, il est suicidaire d'ignorer la construction d'outils. Ce n'est pas le cas à trois ou quatre joueurs : on peut s'en passer.
Il y a bien sûr des combinaisons qui vont bien ensemble : avoir plein de champs pour nourrir une nombreuse population est sympathique. Une population importante pourra multiplier ses tâches et augmentera donc mécaniquement le nombre de constructions qu'elle peut accomplir entre aller chercher les ressources nécessaires et ensuite s'en servir pour construire.
A contrario, la course aux connaissances nécessite peut-être moins de population, mais vous aurez alors la fierté de dire que vous avez produit une élite intellectuelle. C'est un peu prétentieux, mais ça peut fonctionner.
Quoi qu'il en soit, le maître mot est de bloquer vos adversaires tout en vous développant. Pour ça, soyez souple d'esprit en début de partie. En effet, on observe souvent que les joueurs ont leurs petites habitudes de développement. Sortez des sentiers battus : celui qui gagne, c'est celui qui sait composer avec les opportunités offertes par les cartes de commerce obtenues, surtout en début de partie. Ce sont elles qui vont déterminer le sens de votre développement.
Manger, c'est pour les faiblesUne option de jeu, peut-être ? Vous aurez remarqué que la règle dit : perte de 10 points de victoire si une partie de votre population ne mange pas. Cette somme forfaitaire peut vous amener au raisonnement suivant : que cela soit pour 1 comme pour 10, c'est le même tarif. À 10 de population, cela représente 1 point de victoire par population par tour. Il est rentable dans ce cas d'entretenir la disette. À croire que manger donne de l'embonpoint. Essayez donc de surveiller l'alimentation un peu grasse de vos troupes, vous verrez, ça peut payer. Cette technique est particulièrement facile à mettre en œuvre lorsque sur une partie, vous êtes le second joueur au premier tour de jeu.
Comme cette technique de jeu peut être redoutablement efficace, en particulier à 4 joueurs, vous pourrez essayer une des deux règles optionnelles suivantes : chaque fois qu'une partie de sa population ne mange pas, le joueur perd un pion. Pas assez sévère ? Alors chaque fois qu'une partie de sa population ne mange pas, un joueur perd autant de population que de nourriture manquante.
Enfin une simulation réaliste diriez-vous ? Vous n'auriez pas tort... Et ça fonctionne malheureusement encore aujourd'hui dans notre "âge moderne". Mais ne boudez pas votre plaisir : retournez à l'âge de pierre.
OUGA !
L'Âge de PierreUn jeu de Michael Tummelhofer
pour 2-4 joueurs
édité par Filosofia